La Métropole Aix-Marseille-Provence peut faire de ses ports non plus seulement des espaces de stationnement, mais de véritables lieux de production d’usages, de valeur et de transition écologique, en s’appuyant sur un actif existant : les bateaux de tradition, et en particulier les pointus.
1.UN ENJEU PORTUAIRE STRUCTURANT MAIS SOUS-EXPLOITÉ
La Métropole exerce une compétence directe sur les ports de plaisance, qui constituent des infrastructures stratégiques. Pourtant, une part importante de ces espaces est aujourd’hui occupée par des bateaux faiblement utilisés, parfois en dégradation, et reposant sur des motorisations anciennes.
Cette situation crée un déséquilibre : une ressource rare – la place de port – est mobilisée sans générer d’usage, de valeur ou de contribution à la transition écologique.
Dans ce contexte, la question n’est pas uniquement environnementale. Elle est aussi économique, fonctionnelle et stratégique pour la gestion des ports.
2.LES POINTUS : UN PATRIMOINE SOUS-UTILISÉ À FORT POTENTIEL
Parmi ces bateaux, les pointus marseillais occupent une place particulière. Ils sont à la fois un symbole du patrimoine maritime et un support potentiel d’usages contemporains.
Une publication de l’Institut français de la mer Méditerranée indique qu’un recensement de l’Office de la Mer de 2005 dénombrait plus de 500 barquettes a Marseille, dont plus de 232 dans le Vieux-Port et pres de 130 a l’Estaque.
Aujourd’hui, une partie de ces bateaux est immobilisée ou en voie de disparition, faute de modèle économique viable et de capacité d’entretien.
Le projet propose de renverser cette logique : considérer les pointus non comme un héritage fragile à préserver uniquement, mais comme des actifs à réactiver au service du territoire.
3.UNE TRANSFORMATION PAR L’USAGE ET LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE
La proposition repose sur un principe simple : rénover, électrifier (moteurs électriques d’appoints du fabricant français (13) OZO. 4h d’autonomie à l’électrique pour un investissement modeste 4000€) et remettre en service des pointus existants, afin de les intégrer dans une flotte organisée.
Cette flotte permet de générer des usages réguliers : balades, médiation, services maritimes, événements ou expérimentations logistiques.
En parallèle, l’électrification progressive des bateaux permet de réduire les nuisances dans les ports et d’anticiper les évolutions réglementaires. (Les moteurs de ces barquettes ont plus de 30 ans d’âge. Ils polluent comme 27 à 33 voitures diesels aux normes actuelles et ce au cœur de la ZFE du vieux port)
L’enjeu est double : augmenter le taux d’usage des bateaux et réduire leur impact environnemental.
4.UN MODÈLE À EFFET LEVIER POUR LA MÉTROPOLE
Le projet ne repose pas sur l’acquisition de nouveaux bateaux, mais sur l’activation d’actifs existants. Les propriétaires conservent leurs embarcations, qui sont rénovées et intégrées dans un modèle d’exploitation.
Ce modèle permet de transformer un coût (entretien d’un bateau peu utilisé) en source de revenus partagés.
La Métropole intervient principalement en phase d’amorçage, pour permettre la structuration du modèle. L’exploitation est ensuite assurée par des opérateurs, limitant la dépendance aux financements publics.
Cette logique d’effet levier est particulièrement adaptée au contexte budgétaire actuel.
5.UN OUTIL DE GESTION ET DE VALORISATION DES PORTS
Le projet offre à la Métropole un outil concret pour faire évoluer la gestion des ports.
Il permet d’identifier des places dédiées à des bateaux actifs, électrifiés et utiles, plutôt que de subir une occupation passive. (Les pannes dédiées à ce type d’embarcation ont été codifiée juridiquement il y a 20 ans dans les ports de Porquerolles puis de Sanary – étendu depuis à d’autres ports- Elles sont devenus source d’attractivité touristique illustrant la richesse d’un patrimoine méditerranéen historique)
Il contribue à structurer une catégorie de bateaux de tradition modernisés, avec un cahier des charges clair concernant sont maintien en état.
Il permet également d’expérimenter de nouveaux usages maritimes, notamment en matière de services de proximité ou de logistique légère.
6.UNE DYNAMIQUE DE FILIÈRE ÉCONOMIQUE
Au-delà des usages, le projet permet de structurer une filière locale autour de la rénovation navale et de l’électrification.
Il mobilise des artisans, des entreprises, des organismes de formation et des opérateurs économiques.
Le chantier Sainte-Marie joue ici un rôle central, en tant que lieu de production, de formation et de structuration des compétences.
La Métropole peut ainsi soutenir non seulement un projet, mais une dynamique économique durable.
7.CE QUI SE JOUE POUR LA MÉTROPOLE
Sans intervention, les ports continueront à être occupés par des bateaux peu utilisés, (20 jours en moyenne par an) avec un impact limité en termes d’usage et une pression environnementale croissante.
En accompagnant ce projet, la Métropole peut transformer cette contrainte en opportunité : faire des ports des espaces dynamiques, productifs et alignés avec la transition écologique.
Elle peut également se positionner comme un acteur pionnier de la transformation de la plaisance à l’échelle méditerranéenne.
8.ATTENTES VIS-À-VIS DE LA MÉTROPOLE
Identification de places de port dédiées à une flotte de bateaux de tradition électrifiés. ( pannes devant la mairie et/ou dans la darse MUCEM)
Appui à la structuration du cadre juridique d’exploitation.
Accompagnement technique sur les usages portuaires et maritimes.
Participation au financement de la phase d’amorçage, centrée sur l’ingénierie et la structuration.
9.CONCLUSION
Ce projet ne propose pas simplement d’ajouter une activité dans les ports. Il propose d’en transformer la logique.
En valorisant les pointus et en structurant leur usage, la Métropole peut faire émerger un modèle de plaisance plus utile, plus durable et plus productif.
Il s’agit d’un projet à la fois concret, maîtrisé et reproductible, capable de positionner le territoire comme référence en matière de transition maritime.
Il repose sur les compétences d’associations reconnues agissants dans des domaines complémentaires.

